paradoxe

Faut-il psychanalyser Google ?

Il a grandi si vite ! Difficile pour Google d'assumer tout à fait son rôle de "Roi des moteurs".
Accueil > google-paradoxes

Le sens du devoir

Alors que Google est aujourd'hui l'une des plus puissantes sociétés capitalistes au monde, il n'est pas rare de lire ici ou là : "reste clean dans ta façon de référencer ton site, sinon Google va te punir" ou encore "ton site se moque de toute évidence de ses visiteurs, à la place de Google, moi aussi je t'aurais blacklisté".

Le monde libre du Web se perdait dans son propre désordre, Google a légiféré et prospère désormais en tant que Grand Ordonnateur des lois qu'il a lui-même édicté. Le fameux "PageRank" qui a fait sa gloire à donné lieu à des détournements aussi divers qu'inventifs qui n'ont cessé de pourrir la vie des utilisateurs du Net. Mais Google assume et combat énergiquement ceux qui contournent ses règles. Quel admirable sens du devoir !

Mais qu'est donc que Google ? Un pape ? Un ministre de l'intérieur ? Comment les règles a priori antisociales et amorales du capitalisme américain ont-elles pu nous fabriquer ce père fouettard épris d'ordre, de "morale" et de discipline ? Il y a là un paradoxe dont on ne s'étonne peut-être pas assez.

 

Un Roi capitaliste

Google administre à la fois la justice et la police. Il faut croire que les États-Unis, gardiens du monde libre et vaillants défenseurs de la démocratie ont - une fois encore - accouché d'un Roi.

Et le Roi des moteurs de recherche se soucie avant tout de son peuple, de ce peuple qui l'a proclamé et qui le plébiscite encore. Les internautes, des anarchistes ? Que nenni ! Des royalistes !

Mais attention ! Pour ne pas se faire couper la tête, le Roi se doit d'agir pour le bien du peuple. Il n'a d'autre choix que d'administrer sa justice avec sagesse et équité.

Que demande le peuple ? De l'information honnête ? Soit ! Google se fera donc le défenseur de l'honnêteté et pourfendra sans relâche les tricheurs et les menteurs.

Qu'on n'aille pas s'imaginer que la tâche est facile. Les tricheurs et les menteurs sont une armée de l'ombre. Ça n'est pas une guerre, c'est une guérilla ! Les tireurs embusqués sont partout, infatigables et cruels. Ils inventent sans cesse de nouvelles stratégies pour faire triompher leurs ignobles desseins.

Pauvre Google ! Et dans tout cela, que devient le sens du profit ?

 

A bas la bourgeoisie !

Pour maintenir son régime, le Roi doit lever des impôts. Celui là connaît son histoire : il se garde bien d'assommer ses paysans sous de lourdes dîmes. Pour ses débuts, l'aristocratie a pu pourvoir à ses besoins. Mais le royaume grandi et les vilains se multiplient. Il faut donc imposer les bourgeois !

Par malheur, sur Internet, les bourgeois sont les webmasters, c'est-à-dire des tricheurs et des menteurs potentiels (pour ne pas dire systématiques).

Pauvre Google ! Le voilà contraint d'établir des relations avec ses ennemis ! La guérilla était déjà usante, mais à présent qu'il faut rester poli, cela devient infernal !

Et Google a du mal ! Tout petit, déjà, il se méfiait des webmasters comme de la peste. Son beau PageRank, son adorable pertinence, ses charmants petits spiders, tous ses jouets ont été cassés ou abîmés par ces sacripants de webmasters qui ne respectent décidément rien ! Dans les appartements du Roi, la haine de cette engeance détestable est un phénomène culturel difficile à juguler.

A force de sourires forcés et de politesses rapides, ont parvient pourtant à les amadouer. C'est que la couronne a de beaux joyaux, et les webmasters sont si avides de richesses !

Mais l'orsque l'un d'eux passe à portée de tir, il est difficile, si difficile, de ne pas laisser le doigt se crisper sur la détente ! Et les incidents, hélas, se multiplient. Discours vengeurs lors de certaines conférences, compte Adsense fermés sans explications, banissement de grands comptes à titre d'exemple, la garde du Roi a la gachette un peu facile et le mécontentement commence à gronder dans les rangs des victimes.

Pauvre Google ! Lui qui fut si adoré, si admiré par tous, et désormais victime de critiques et de quolibets. Les bourgeois iront-ils jusqu'à soulever une révolte ? Seront-ils enfin capables de s'organiser par eux-mêmes afin de mettre sur pied le complot dont certains rêvent déjà ? Il se murmure ici et là que Google truquerait les résultats de ses recherches pour favoriser ses propres intérêts. Que l'idée soit juste ou non importe peu : elle est susceptible de rallier le bas peuple et c'est ce qui compte !

 

Modernisons l'armée

Ce qu'il faudrait, c'est une bonne frappe chirurgicale : tuer les vrais méchants sans mettre le monde en sang. Google a donc décidé de moderniser son armée. Ses algorithmes s'affinent, se peaufinent et deviennent aussi complexes qu'un laser bio-digital à pulsions auto-reversibles.

La voie à suivre est évidente : puisque les tricheurs les plus dangereux utilisent des armes massives, il faut détecter et détruire tout ce qui ressemble à des armes massives. Tel site se trouve, du jour au lendemain, inscrit dans 2000 annuaires ? A éliminer ! On détecte 1000 liens identiques (même code, même texte) qui pointent vers le même site ? A éliminer ! On découvre des pages comportants des textes "mécaniques" répétant à l'infini une vingtaine de mots-clés ? A éliminer !

En fait, tout ce qui peut sembler mécanique est déclaré suspect. Un bon webmaster écrit des textes "humains" et fait son Référencement "petit à petit" et "à la main". N'allez pas trop vite ! Google pourrait vous confondre avec un robot et vous éliminer pour "manque d'humanité".

Pauvre Google ! Lui qui n'est qu'une machine, le voilà chargé de décider qui est humain et qui ne l'est pas !

 

Le Roi a mal à la tête

Qu'on ne s'étonne pas, après tout cela, que le Roi ait parfois mal à la tête et en oublie son latin.

Révisons un peu sa liste des 10 commandements telle qu'elle figure encore aujourd'hui (le 20/02/06) sur son site officiel :

1. Rechercher l'intérêt de l'utilisateur et le reste suivra.
2. Mieux vaut faire une seule chose, et la faire bien.
3. Toujours plus vite.
4. La démocratie fonctionne sur le Web.
5. Vous n'êtes pas toujours au bureau lorsque vous vous posez une question.
6. Il est possible de gagner de l'argent sans vendre son âme au diable.
7. La masse d'informations continue de croître.
8. Le besoin d'information ne connaît aucune frontière.
9. On peut être sérieux sans porter de cravate.
10. Il faut toujours aller de l'avant.

... et voyons ce que cela donne de nos jours :

1. Google, dont la réputation d'honnêteté est le fond de commerce, a été pris en flagrant délit de mensonge sur la date de son anniversaire. Mentir à l'utilisateur fait-il partie des travaux de "recherche" ?
2. Il ne se passe presque plus un jour sans que notre moteur bien aimé ne nous annonce la sortie d'un nouveau service ou d'un nouveau logiciel. Personne ne s'en plaindra, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que cette règle semble avoir été oubliée !
4. La monarchie aussi, semble-t-il.
7. La masse d'informations continue de croître, mais Google a annoncé la fin de la course à l'index. Le discours officiel annonce désormais que la qualité compte d'avantage que la quantité. Pourquoi pas ?

Le point 10 explique sans doute à lui seul l'évolution sensible de la philosophie de notre souverain. Espérons que le point 6 ne soit jamais oublié : le diable a de nombreux visages.

 

Tous chez le psy

S'il advenait un jour que le Roi pète un câble pour de bon, comme un vulgaire quidam, il serait bon de nous interroger sur notre part de responsabilité.

Il serait peut-être bon de nous interroger tout de suite, avant qu'il ne soit trop tard et que nous ne soyons réduits à nous exclamer "Seigneur, qu'avons-nous fait ?".

Ce sont nos choix quotidiens qui ont fait de Google ce qu'il est. Ce sont aussi nos choix qui le poussent aujourd'hui dans certaines positions intenables : juge et flic, juge et partie.

Peut-être attendons-nous trop de Google. Peut-être lui demande-t-on trop. Peut-être nous reposons-nous trop sur ses compétences et sa bonne volonté (ou son bon vouloir ?). Après tout, Google n'est pas le seul moteur de recherche au monde. Il n'a que la puissance que nous lui donnons.

Quant aux règles qui régissent le Web, il est peut-être temps que nous laissions notre système judiciaire y réfléchir un peu plus. A force de hurler à l'autoritarisme dès qu'un projet de loi pointe le bout de son nez, on devient prisonnier de la loi du fort. Une société privée, basée aux Etats-Unis, est-elle vraiment mieux placée que la justice pour définir et punir le spamdexing ? Pauvre de nous !

 

A lire également : Le Référencement et la morale

Demandez un devis à l’agence SEO (15 ans d’expérience)